Le spectacle des victimes de Madoff se réjouissant de sa condamnation à 150 années de prison replonge l’Amérique au temps des beaux mariages d’Edith Wharton. Le juge remarque qu’il n’a pas reçu une seule lettre d’ami, parent ou autre proche du banquier « attestant de sa force de caractère ou de bonnes actions qu’il aurait accomplies ». Dans la salle, des applaudissements crépitent à la lecture de la sentence. L’enthousiasme retombe mollement, les victimes retournant vite à leur sentiment de perte irrémédiable. « Il nous a tout pris », geignent des cœurs brisés à jamais. « Ce n’est pas l’homme que j’ai épousé », sanglote sa femme. Et les milliers d’innocents qui s’étaient fiés au génie de la finance pleurent avec rage la perte de leurs illusions. Perte à la fois relative et provisoire. Les illusions reviendront. En attendant, les floués les plus consternés sont ceux qui ont madoffé les fonds d’associations caritatives, à l’instar d’Elie Wiesel, effondré non seulement qu’on ait abusé de sa bonne foi, mais qu’on ait pu le faire en dépit de sa bonne cause. Il comptait sans doute sur le travail honnête d'honnêtes financiers pour faire fructifier son capital et oubliait, comme tout honnête homme accaparé par la sollicitude envers l’humanité, la somme de travail acharné qu’il aurait fallu fournir honnêtement pour accumuler autant de rendement.
Ailleurs, la frénésie du monde ressuscite pour quelques jours une momie que certains croyaient enterrée depuis des années. Pour trouver une nouvelle un peu plus fraîche, il faut retourner plusieurs semaines en arrière, quand le scandale des remboursements indus agitait encore le parlement britannique, et qu’un lord s’excusait gauchement d’avoir fait édifié, aux frais de la princesse, une ravissante cabane au milieu de l’étang où barbotaient les canards de sa propriété. Ah, le brave homme !





Les commentaires récents